Grand angle : Timon, une vie hors norme au Cercle Polaire Arctique

Spitsbergen. Cela vous dit quelque chose ?

Et si je vous disais qu’il s’agit de la ville positionnée le plus au nord sur le globe, soit la plus proche du pôle Nord, au monde !

C’est là bas que mon ami Timon, 27 ans, allemand, à posé ses valises depuis 4 ans déjà.
Un lieu atypique pour un style de vie hors du commun, plongeon au coeur du pays de glace, bienvenue dans le Cercle Polaire Arctique  !

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Lorsque j’ai rencontré Timon en 2014, au fin fond du désert Australien par 38°C en moyenne, j’étais loin de m’imaginer que ce petit homme avait une vie si particulière, et qu’il venait de si loin.
En effet, en me racontant son histoire, j’ai été littéralement scotchée, je crois que ma mâchoire s’en est même décrochée.
C’est une des choses que je préfère en voyageant, le fait de rencontrer d’autres voyageurs aux profils et aux parcours atypiques et de pouvoir partager toutes nos histoires comme un grand livre dans lequel chacun écrit un chapitre.
Je dois dire que la sienne m’a particulièrement marquée, si bien que j’ai envie de vous la faire découvrir.

svalbard_sign2Guide touristique au Cercle Polaire Arctique parmi les icebergs et les inuits, faire des randonnées en motoneige ou en chien de traineau, protéger les touristes des ours polaires, tel est son quotidien.

Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser ce jeune européen à s’expatrier au bout du monde, en terres hostiles et choisir une vie hors norme ?
Quels sont les risques et les particularités d’un quotidien au Cercle Polaire Arctique ?

 

Svalbard, mais qu’est-ce que c’est ?!

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Si comme moi, vous n’aviez jamais entendu ce nom auparavant, rassurez-vous, nous ne sommes sûrement pas les seuls. Il ne s’agit pas de l’Islande, ni même du Groenland. Il ne s’agit pas non plus d’une partie de la Suède ou d’une ville de Finlande. Non.
Svalbard, c’est un archipel d’îles en plein océan Arctique, entre le Groenland à gauche, l’archipel François-Joseph à l’est et l’Europe continentale au sud.
C’est l’une des terres habitées les plus au nord de la planète, dont Longyearbyen, l’une des seules villes de l’archipel, située sur l’île de Spitsbergen, est LA ville la plus septentrionale du monde.

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Situé bien plus au nord que l’Islande donc, à moins de 1500 km du Pôle Nord, ce territoire appartient à la Norvège, mais est il est totalement autonome et démilitarisé.
C’est à dire qu’il « n’est pas soumis à la fiscalité norvégienne. Sa superficie n’est pas incluse dans celle de la Norvège et il n’est membre ni de l’espace Schengen, ni de l’AELE (Association Européenne de Libre Echange). Le statut de neutralité du Svalbard permet à n’importe quel pays d’exploiter librement les ressources locales » (source : Wikipédia).

Si l’histoire très intéressante de ce territoire vous intrigue, je vous conseille vivement de poursuivre votre documentation sur internet où vous pourrez y trouver plus d’informations.
Mais pour parler plus simplement, cela signifie qu’on a donc besoin d’aucun visa pour s’y installer sur le long terme et y travailler librement. N’importe qui ou presque, est libre de venir s’y expatrier. Alors, ça vous tente ? 😉

C’est aussi une zone libre de taxes. Ce qui veut dire que les salaires ne sont pas imposables, tout comme il n’y a pas de taxes sur ce que l’on y achète. (L’alcool, notamment, n’est donc pas cher contrairement à ce que l’on pourrait penser !).
Le coût de la vie est relativement cher dans un endroit pareil où il est difficile de se ravitailler et où tout doit être importé, mais les salaires sont très corrects, et suivent le modèle scandinave.

 

Vivre dans le cercle polaire Arctique, ça ressemble à quoi ?

D’abord, il va de soit qu’il est préférable d’apprécier l’hiver et le froid. Car là bas, les températures ne dépassent généralement jamais les 10°C en été, et descendent facilement jusqu’à -20°C en hiver. Pas de quoi affoler un canadien me direz-vous !
Mais la particularité la plus singulière dans le fait de résider dans le cercle polaire, ce sont bien les saisons !
Ici, à Longyearbyen, le phénomène que l’on appelle « soleil de minuit » dure du 20 avril au 23 août. C’est la période pendant laquelle le soleil ne se couche jamais. C’est à dire qu’il ne passe pas au delà de l’horizon et est donc visible 24h/24. Difficile à concevoir n’est-ce pas ? A cette période de l’année, pendant l’été donc, seules les montagnes qui peuvent atteindre 1700 m sont enneigées et on peut apprécier les belles pleines verdoyantes.

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En revanche, la « nuit polaire » elle, à l’opposé, dure approximativement du 26 octobre au 15 février. Imaginez… presque 4 mois à ne jamais voir le soleil. 4 mois dans le noir complet et glacial.
Seules les aurore boréales éclairent alors les vastes pleines blanches et les paysages hostiles dignes d’un film de science fiction.

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En plus du dépaysement, il faut également aimer la solitude et l’isolement. L’archipel du Svalbard dénombre moins de 2 400 habitants, pour une superficie équivalente à la Belgique et les Pays-Bas réunis. On y compte une cinquantaine de nationalités, mais la majeure partie de la population reste norvégienne, puis russe.
A l’exception de 9 habitants recensés sur l’Île aux Ours plus au sud, Spitsbergen est la seule île habitée de l’archipel où l’on y compte 9 « hameaux », dont le plus grand est Longyearbyen. Ceux-ci ne sont reliés par aucune route. Ici, les seuls moyens de transport utilisés sont le bateau, l’avion, l’hélicoptère et la motoneige.

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Au grand damne de mon ami Timon, un grand 2/3 de la population du Svalbard est masculine. Il y a en effet très peu de femmes qui acceptent les conditions de vie du grand nord. Alors autant dire que « quand une femme arrive à Spitsbergen, elle a bien souvent un rendez-vous amoureux en moins de trois jours !«  s’amuse Timon. « Ici, les hommes sont très compétitifs et agissent de manière très masculine voir machiste. On a même un nom pour cela ici, on appelle ça le « Polar Hero Syndrom » (comprenez le syndrome du héro polaire). C’est à celui qui impressionnera le plus la demoiselle en lui racontant ses exploits d’aventurier du grand nord !« 

Une chose a retenu mon attention également. Au Svalbard, la population est très jeune. Il y a énormément d’enfants par rapport au nombre d’habitants. Puis, les adolescents sont quasi inexistants ici car ils partent pour leurs études sur le continent en Norvège ou ailleurs, pour ne revenir qu’après leurs 20 ans.
Les jeunes adultes sont donc nombreux, les familles sont jeunes. Mais les conditions de vie extrêmes poussent les habitants à quitter le territoire passé un certain âge car cela devient trop dangereux dû au manque de moyens et de services de santé. C’est pourquoi il y a très peu de personnes âgées au Svalbard. Le gouvernement peut même vous mettre littéralement dehors passé un certain âge !

Un parcours atypique

 

Timon a toujours été passionné par les activités extérieures et a commencé à voyager très tôt, dès qu’il a reçu son premier backpack pour ses 16 ans.
Puis, peu de temps après l’obtention de son diplôme en production de produits chimiques, il décide de partir pour de bon, et trouve un emploi dans une auberge en Norvège où il y joue l’homme à tout faire.

Un jour, un ami à lui, alors en études sur l’île de Spitsbergen, lui propose de venir lui rendre visite pendant les vacances. Timon, qui est fan des régions polaires, n’hésite pas une seconde. Il part pour une semaine et tombe immédiatement sous le charme de ce lieu atypique à l’ambiance unique.
Par curiosité, il demande autour de lui si à tout hasard quelqu’un aurait un travail à lui proposer. Le bouche-à-oreille étant monnaie courante au sein de la petite communauté de Longyearbyen, capitale de l’archipel de Svalbard, on lui propose rapidement des offres. Il quitte alors l’archipel avec la conviction de revenir.

À son retour en Norvège, il ne lui faut pas longtemps pour quitter son emploi. Il décide de partir voyager quelques temps au Groenland puis au Népal, et revient enfin s’installer à Longyearbyen en 2014.

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Un quotidien hors du commun

Depuis 4 ans, Timon mène une vie pour le moins hors des sentiers battus, sur ce petit archipel de glace dont il est tombé amoureux, et où il a eu le plaisir d’exercer différents métiers dont celui de guide touristique pendant 3 ans.
Son rôle était d’accueillir les touristes curieux et aventureux et de partager avec eux ses connaissances à propos de ces terres si hostiles. En leur proposant plusieurs circuits touristiques et randonnées, parfois en chien de traineau, parfois en motoneige, il les emmenait aussi sur des séjours plus long en bivouac dans de grandes tentes conviviales. Il s’était d’ailleurs lancé en guide freelance et vous pouvez aujourd’hui encore le contacter via son site web pour des excursions le week end ou sur demande. 

Il se fera une joie de vous emmener voir les caves de glace et côtes abruptes, et sera d’une vigilance sans faille pour vous protéger des dangers alentours, notamment des ours polaires.
Il propose également des balades pour observer les oiseaux du coin, de l’escalade sur glaciers, des randonnées en raquettes, des sorties en fatbike ou en kayak… de nombreuses activités sont possibles !

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Il a travaillé pendant quelques temps en tant que photographe lors de sorties touristiques pour une petite société qui proposait aux touristes des photos personnalisées et des packages avec vidéo de leurs séjours.
Il lui est aussi arrivé de partir en expédition sur un voilier et de faire le tour des îles pendant trois semaines à travers les fjords.

Mais aujourd’hui, Timon travaille essentiellement au sein de la première brasserie traditionnelle locale du territoire, la Svalbard Bryggeri. Il aime vivre au jour le jour et saisir les opportunités qui s’offrent à lui.

Il passe son temps libre avec ses amis et son chien, et est également membre de la Croix rouge locale ce qui l’amène à participer aux entrainements et missions de sauvetage avec hélicoptère. Autant dire qu’il ne s’ennuie pas !

 

 

Quels sont les avantages et les inconvénients d’une vie en Arctique ?

« Ici on peut laisser nos portes ouvertes sans crainte de se faire cambrioler. C’est un endroit très sûr, il y a un taux de criminalité quasi nul, surtout en hiver, on est en sécurité.
J’aime aussi l’esprit des gens qui habitent ici, ce sont pour la plupart des personnes qui ont le sens de l’aventure pour vivre dans un tel endroit, et en été lorsque les saisonniers arrivent et font doubler la population de la ville, c’est très agréable de voir de nouvelles têtes 😀

Sans parler des paysages qui sont juste magnifiques et peuvent être très différents, personnellement j’adore !
De plus, c’est une zone libre de taxe, et sur les salaires aussi !
Enfin, le fait de vivre dans un endroit reculé comme celui-ci entraine un mode de vie plus simple. Il y a moins de choix sur les produits disponibles, il y a donc moins de gaspillage aussi. On ne se prend pas la tête 20 ans à choisir un produit entre 15 000 marques. Les courses sont donc rapides haha.
Il existe même des magasins spécialisés appelés les « free shops » où l’on donne nos affaires dont on ne se sert plus et où l’on peut prendre d’autres choses dont on a besoin gratuitement. C’est un système d’échange qui repose sur une mentalité d’entraide dans notre petite communauté du bout du monde.
On peut aussi passer par la revente en ligne grâce à la page Facebook locale où l’on y met des annonces d’échange pour nos affaires. C’est très pratique. »

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« Bien sûr il existe également certains inconvénients à vivre ici. Notamment sur le coup de la vie et surtout de la nourriture qui est très chère. On peut difficilement s’en faire envoyer, car cela serait exorbitant.
On se sent aussi vite isolé, loin de tout, avec toujours les mêmes personnes. Au bout d’un petit moment, on fini par connaître tout le monde ici, et tout les faits et gestes finissent par se savoir dans cette petite communauté ^^.
Cela me manque parfois de faire de nouvelles rencontres. Heureusement qu’il y a les touristes et qu’en été les jeunes saisonniers arrivent en masse. Personnellement je ne suis pas très affecté par le manque de mes proches en Allemagne, j’arrive à rentrer les voir de temps en temps, mais c’est certain que ça pourrait peser pour d’autres.

Aussi, il y a un manque parfois de certaines choses simples comme de pouvoir conduire longtemps pour se retrouver ailleurs dans un endroit totalement dépaysant.
Et enfin, je dirais qu’il y a certains dangers comme lorsque je pars seul en expéditions, j’ai plutôt intérêt à être bien préparé et équipé. Je parle des ours, mais aussi des conditions météorologiques qui sont très spécifiques.
Les infrastructures et moyens médicaux sont minimes. Mieux vaut être en bonne santé ici. »

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Quel est le meilleur souvenir de ton aventure ici ?

« Oh il y en a beaucoup ! Mais je dirais l’expédition en voilier dans l’archipel. Ça a été trois semaines magiques, à vivre sur ce bateau et à naviguer parmi les Fjords, c’était incroyable, c’est une sortie que je recommande absolument ! »

 

Raconte nous quelques anecdotes

« Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous sommes très bien équipés au niveau des technologies. Notamment pour internet, on dispose du plus grand satellite du monde qui relie la TransAtlantique, on a donc une très bonne couverture, un bon wifi, et on teste souvent les nouvelles technologies ici comme la 4G. »

« Figurez-vous qu’on a Tinder ici aussi ! Je suis inscrit, mais j’y vois toujours les mêmes personnes haha »

« Les ours polaires peuvent sentir la nourriture de très loin, jusqu’à 30 km ! Et ils peuvent parfois vouloir manger les hommes s’ils ont faim..
Il m’est déjà arrivé de me retrouver à moins d’1m d’un petit ours polaire. C’était aussi excitant qu’effrayant, car on se dit que l’adulte n’est jamais bien loin ! »

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Quels sont tes projets pour l’avenir ?

« Pour le moment, je me consacre à la brasserie qui connait un fort développement, c’est très intéressant. Et puis j’ai toujours ma société http://fatbikespitsbergen.com/category/news/ dont je suis propriétaire maintenant et qui m’occupe bien de temps en temps. Je propose d’ailleurs un nouveau concept de sauna en pleine nature sous une grande tente spécifique. Ça marche plutôt bien !
J’ai aussi lancé ma propre chaîne Youtube que je compte bien développer en y postant des vidéos de conseils pour les touristes qui souhaitent se rendre à Svalbard ainsi que des informations, de l’histoire et des fun facts sur le territoire et la vie ici, je suis le seul à proposer cela, c’est dingue de se dire que personne n’y avait pensé avant.

Enfin, j’ai récemment réalisé un rêve qui était d’acquérir un mobile-home ! Je m’éclate à l’aménager et je vais bientôt pouvoir partir pour de nouvelles aventures avec 😀 »

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Se rendre au Svalbard, pas si cher qu’il y parait !

Le Svalbard est un territoire bien moins connu et médiatisé que l’Islande qui quant à elle, on a pu le remarquer en 2017, à été très « à la mode ». Cependant, c’est un endroit qui promet tout autant d’émotions et d’aventures, alors pourquoi ne pas y passer ses prochaines vacances pour un dépaysement garanti ?

Voici des tarifs à titre indicatif de ce que j’ai pu voir en faisant une recherche de Juin à Septembre, à destination de Longyearbyen. Les tarifs sont plus ou moins équivalents, que ce soit en dernière minute, pour cet été ou pour septembre.

  • Au départ de Paris : A partir de 300 € A/R en vol direct (escale à Oslo)
  • Au départ de Oslo : A partir de 150 € A/R
    Cela peut valoir le coup de regarder sur certaines périodes les vols directement depuis Oslo, en prenant la correspondance adéquate depuis la France ou ailleurs.

 

Si cet article vous a convaincu de tenter l’aventure au plus proche du pôle Nord, n’hésitez pas à contacter Timon qui se fera un plaisir de vous accueillir et de vous faire vivre une expérience unique en partageant sa passion polaire : https://timonswelt.com/hello-my-name-is-timon/

D’ici là, bon vent ! 😀

 

Toutes les photos de ce reportage sont de Timon. 

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