Phnom Penh… sur les traces de l’Horreur

Le Cambodge. Quel pays incroyable.
De ces îles paradisiaques du sud gardées secrètes aux temples énigmatiques d’Angkor, le Cambodge regorge de mystères.
Ce pays enivrant à la beauté brute est toutefois gravé d’une histoire tumultueuse et sanglante, qui a marqué à jamais son peuple malgré ce que peut bien nous laisser croire les sourires sur les visages des locaux toujours accueillants et bienveillants.
En effet, chaque cambodgien porte encore aujourd’hui dans son cœur les cicatrices d’une guerre en particulier, si récente, contre le tristement célèbre régime Khmer rouge, il y a à peine plus de 30 ans de cela.

Ce régime était mené par un mouvement politique et militaire communiste radical d’inspiration maoïste, qui a dirigé le Cambodge de 1975 à 1979. Il s’est rendu coupable de nombreux crimes de masse, et en particulier de l’assassinat de plusieurs centaines de milliers de Cambodgiens. Le Programme d’Étude sur le génocide cambodgien de l’université Yale évalue le nombre de victimes à environ 1,7 million, soit plus de 20 % de la population de l’époque.

L’histoire du Cambodge à cette époque n’est pas sans rappeler celle que nous avons nous-même connue en Europe avec le génocide juif sous le régime Hitlérien. Sauf qu’il s’agit ici de l’extermination sanglante et insensée de la population d’un seul et même pays dont le principal dirigeant est connu sous le nom de Pol Pot. Un tyran fou n’ayant pas d’autre but que d’accéder au pouvoir ultime, éradiquant pour cela tous ceux qui représentaient une menace pour sa réussite…

C’est lors de votre passage dans la capitale Phnom Penh que vous aurez la possibilité d’en apprendre plus sur cette histoire tragique qui a marqué le Cambodge à travers deux sites-mémoriaux incontournables que sont les Killing fields et la Prison S21.

 

Tuol Sleng ou la Prison S21

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Il s’agit de la plus connue des quelques 190 prisons mises en place au Cambodge sous le régime de dictature Khmère rouge. C’était à l’époque un lycée, qui fût transformé par le régime en centre de détention et haut lieu de torture. Près de 17 000 prisonniers y ont été torturés, interrogés puis exécutés entre 1975 et 1979. Sept seulement ont survécu. Aujourd’hui, le gouvernement utilise ce lieu en guise de musée qui retrace les faits du passé et témoigne de l’horreur dont les cambodgiens ont été victimes.

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Les Khmers rouges enfermaient à S-21 tous ceux supposés être des opposants au régime, et ce pour n’importe quel motif. Les personnes incarcérées étaient aussi bien des jeunes que des personnes âgées. Il y avait des femmes, des enfants et même des bébés et parfois des familles entières. Ouvriers, intellectuels, ministres, diplomates cambodgiens, mais aussi des étrangers (Indiens, Pakistanais, Anglais, Américains, Canadiens, Australiens…) s’y côtoyaient. Le simple fait de porter des lunettes (y compris pour les enfants) était suffisant pour être considéré comme intellectuel et donc « à exterminer ».


Lors de la visite, on peut marcher sur les traces du passé grâce à un audio guide qui explique bien ce qui se passait ici à l’époque. On découvre alors les cellules minuscules dans lesquels les condamnés étaient enfermés, ainsi que quelques instruments et machines de tortures trônant au milieu de certaines salles de classe. Des centaines de portraits de victimes ainsi que de témoignages sont exposés. Les survivants racontent dans quelles conditions ils vivaient à cette époque et comment ils ont été arrêtés par le régime.

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Cheoung Ek ou les Killing Fields

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Situés à 15 km à l’ouest du centre de Phnom Penh, les Charniers de Cheoung Ek, appelés aussi Killing Fields, étaient l’un des endroits où les prisonniers de Tuol Sleng furent transportés pour être massacrés sur place, dans des conditions épouvantables.
Environ 130 charniers ont été recensés sur ce seul site, qui contenaient les corps d’environ 9000 personnes dont les restes furent exhumés en 1980.
Un peu plus d’une quarantaine de ces fosses sont restées intactes, sépultures définitives d’innocentes victimes d’un génocide perpétré par un régime communiste.

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Charnier de 450 victimes

Véritables usines à tuer, ces camps d’extermination étaient régulièrement « réapprovisionnés » par de nouvelles fournées de victimes apportées par camion. 380 sites d’extermination ont été répertoriés par le DC-Cam dans le pays. Près de 20 000 fosses communes ont été retrouvées à ce jour.

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Ici aussi, il est possible de louer un audio guide lors de la visite du site, qui nous plonge étape par étape dans le passé sanglant de ce lieu. Grâce aux témoignages des survivants, on y comprend alors le processus par lequel passaient les prisonniers avant d’être exécutés, ainsi que les conditions dans lesquelles ils vivaient dans le camp, forcés à travailler jusqu’à épuisement total.


Mais on y voit surtout les Charniers, ces parcelles de champs dans lesquelles étaient enterrés les corps, sortes de grandes fausses communes. Tous n’ont pas encore été ouverts. Et avec le temps et les intempéries, il arrive que des dents, ossements ou encore lambeaux de vêtements des victimes remontent encore aujourd’hui à la surface, plus de 30 ans après la découverte du site.

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« Don’t step on bone » (Ne marchez pas sur les os)

 

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« Arbre du massacre contre lequel les bourreaux frappaient les enfants »

La visite se termine par le monument érigé en l’hommage des victimes, un grand Stupa, exposant symboliquement bon nombre des crânes et ossements retrouvés sur le site.

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Ces deux lieux très symboliques sont une visite poignante à ne pas manquer lors d’un passage à Phnom Penh si l’on souhaite se plonger dans l’histoire de ce peuple martyrisé. Attention tout de même, âmes sensibles s’abstenir tant ces lieux sont laissés bruts et l’ambiance y fait froid dans le dos.

Il existe de nombreux films et ouvrages qui permettent d’en apprendre plus sur cette histoire sans se trouver dans la capitale cambodgienne, tels que :

Films :

The Killing Fields (Titre français : La déchirure), film britanique sorti en 1984, qui fait directement référence au camp d’exécution de Cheoung Ek, basé sur l’expérience de deux journalistes cambodgien et anglais.

S21, la machine de mort khmère rouge, film documentaire franco-cambodgien sorti en 2003.

Cham (anciennement titré Khmers islam), film documentaire français, réalisé en mars 2008 au Cambodge et sorti en 2010. Sans occulter les souffrances endurées par l’ensemble de la population cambodgienne, Cham recueille la parole des musulmans, particulièrement visés par la machine de mort khmère rouge qui voyait en eux les « ennemis numéro un ».

Livres :

Les larmes du Cambodge : l’histoire d’un autogénocide, par Elizabeth Becker, 1988

Pol Pot : le bourreau du Cambodge, Paul Dreyfus, 2000

Voici encore une liste plus complète d’ouvrages concernant le régime Khmer Rouge :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_ouvrages_sur_les_Khmers_rouges